dimanche 13 mars 2011

La première pierre


Dimanche 6 mars 2011, il est 5 heures du matin. Je viens de passer ma nuit à errer dans le Casino "Le Lyon Vert" après mon élimination en 87éme position sur 500 du tournoi Main Event "Partouche Poker deepstack" (buy-in 500 €), intervenue la "veille" à 23 h 30 lors du 20éme niveau.


A ma sortie de la salle du tournoi vers minuit pour aller satisfaire à quelques besoins naturels (en vrac : prendre l'air, twitter, téléphoner, faire une pause "pipi"), le bracelet "Day 2" m'a tout bonnement été sectionné du poignet par un vigile, chargé du contrôle d'accès.


Je me rappelle avoir assez mal réagit à ce moment là. Il faut dire que l'employé du groupe Partouche, assez primaire sur le coup, m'a récité les ordres qu'il avait reçu avec la diplomatie d'un pitbull enragé.

Sans bracelet, je n'avais plus accès à la salle du tournoi où concouraient pourtant encore mon pote de club Florian "Balou" BOURLET ("Karadok1" sur CP) et ma femme Sandrine. L'enjeux pour eux était important. Ils tentaient de décrocher une place parmi les 50 premiers, synonyme d'ITM, de Day 3 et de première ligne "Hendon mob" à leurs palmarès.

Je vais tout de même réussir à prendre mon mal en patience, en discutant notamment avec quelques joueurs dans la même situation que moi. Même si on ne se connait pas, l'échange est naturel et facile dans ces circonstances.

Les canapés ont beau être confortables. Ca manque malgré tout singulièrement de convivialité, car nous n'avons aucune vision de l'action du tournoi, pas même un écran plasma "TD" à mater de temps à autre. C'est pénible à vivre et pas très judicieux de la part des organisateurs qui auraient pu prévoir une zone mixte dans la salle du tournoi.

Seul le temps des courtes pauses (1/4 h toutes les 2 heures) me permet de communiquer avec mes 2 "ACPistes". Le reste se passe sur "twitter" ou SMS. La lutte est féroce.

"Balou" est dans une bonne situation avec un tapis confortable, il finira même en 3éme position en chips à l'issue de cette journée profitant magnifiquement de la bulle (VGG).

Pour Sandrine, c'est une toute autre histoire. Elle est malheureusement "card dead" depuis le début du tournoi et doit faire avec. Elle se bat malgré tout magnifiquement grâce à une patience d'ange, une discipline de fer et une parfaite gestion du jeu "short-stack".

Ma puce joue son "A-GAME" et montre, si besoin était, qu'elle sait jouer aussi "sans carte". Elle va notamment tenter plusieurs AI PF en 3bet-light avec pas grand chose en mains, quand son tapis bénéficiait encore de FE ou encore réussir quelques "squeeze" bien sentis dont 2 "in the dark" quand son tapis était mourant. Mode survivor enclenché, elle se bat comme une lionne. Elle est récompensée de ses efforts en passant un CF à 60 left (JJ>As10os).

Oui mais voilà, il est 5 heures du matin et c'est la bulle (51 left) !

"Kavo" (frère de "Balou") et "Streetpoker" (pote poker à "Balou") m'ont rejoint depuis peu. Ils suivaient le MTT sur CP et SMS de leur repère lyonnais ayant "busto" dans l'après midi. Nous réussissons à nous faufiler dans la salle du tournoi au moment même où un cinquième "short-stack" engage son tournoi. On retient notre souffle. Allez il faut qu'il saute ! Sandrine est toujours en danger avec un tapis réduit. Manque de chance il réussit à DU. La lutte doit se poursuivre. Sick game !

C'est alors que je reçois un coup de téléphone. Je ne regarde pas le combiné, persuadé que c'est Sandrine. A ma grande surprise, pas du tout ! C'est en fait mon père qui m'appelle à une heure plus qu'avancée de la nuit pour un "jeune homme" de 66 ans. On plaisante un court instant là dessus et je lui promets de le rappeler une fois le dénouement (proche ?) connu. J'écourte l'appel, histoire de ne pas me faire virer de l'enceinte que je suis bien décidé à ne pas quitter. Heureusement, l'heure n'est plus à la répression et tout se passera bien à ce niveau là jusqu'à la fin du tournoi.

Plusieurs mains passent et tout à coup, nous entendons le "TD" annoncer "2 tapis payés" !
Sandrine arrive alors rapidement prés de moi. Elle doit faire un peu de chemin car nous sommes au fond de la salle et me lance "je suis à tapis".

Je lui fait rapidement une bise. Elle a juste le temps de m'apprendre qu'elle a envoyé sa boite de 10 BB avec l'American Airlines (la paire d'AS) de SB face à une relance d'un joueur UTG+1 qui a insta call.

C'est un peu le bordel. Les organisateurs doivent compter les jetons des 2 joueurs "All-in" qui jouent leur tournoi. Sandrine a un peu plus de jetons que l'autre joueur à tapis. On va donc commencer par lui et s'il est "busto", ma puce sera assurée de l'ITM et pourra aborder son coup à tapis avec l'espoir de DU ou alors de prendre un bad beat et de finir 50éme, mais payée.

Le "TD" annonce alors "paire de 3" pour le joueur à tapis et "AQs" en face, c'est un CF. Ordre est donné au croupier de lancer le board et "BING" un 3 tout de suite, 4 briques plus tard, le short stack double son tapis. C'est le cinquième à y parvenir.

Ouch ! A ce moment précis, je m'écarte alors de mes petits camarades et vais m'isoler au fond de la salle. Je suis nerveux, anxieux même, je fais les "100 pas" et je me dis en moi même "Putain, pas ici, pas maintenant, ça serait trop injuste pour elle, mais le poker est une discipline parfois très cruelle (j'en sais quelque chose)".

Je connais la main de Sandrine (la meilleure du "THNL") mais pas encore celle de son adversaire. S'il a également une paire, Sandrine sera tout de même favorite à 80 %. Oui mais voila, 5 short-stack ont déjà réussit à doubler leurs tapis et souvent la bulle finit par éclater sur un bad beat (chasse ces idées de ta tête Pedro).

De mon côté, l'adrénaline monte fortement. J'ai du mal à la canaliser. La pression est à son comble. Pour la faire redescendre, je me répète qu'en cas de coup de mal chance (bad beat), je répondrai présent quoiqu'il en soit pour consoler ma moitié. Elle serait certes bien mal récompensée de ses efforts, si le sort se décidait à lui jouer un mauvais tour ici. Mais, il faudrait l'accepter, car c'est le lot de tout joueur de poker de tournois à un moment ou à un autre de sa "carrière". Pro et amateurs sont d'ailleurs logés à la même enseigne à ce niveau là.

J'en profite d'ailleurs ici pour déconseiller cette discipline à toute personne non préparée à supporter ce genre de situations. Si vous n'êtes pas prêt à encaisser cela, mieux vaut que vous jouiez au tarot, au bridge ou à la belotte.

Alors que je suis en train de faire les "100 pas", je me replonge un court instant à Deauville en janvier 2009, alors que je venais de "busto" en fin de Day 2 de l'EPT Main Event à la pré-bulle 71éme sur 645 alors qu'il y avait 64 places payées (ITM à 6 250 € et victoire à 800 000 €). Je me souviens alors de l'énorme coup derrière la tête que j'avais reçu à l'époque.

Sandrine avait vécu ses moment là dans les mêmes difficiles conditions que moi ce soir et nous avions ensuite su digérer ensemble cette terrible désillusion. Je me dis alors à moi même à l'adresse du "TD" : "Allez balance ton board, on est prêt !".

Le "TD" annonce alors "paire d'AS" pour la joueuse à tapis (Sandrine) et "AKos" en face. Première bonne nouvelle Sandrine passe à 92/8 (même un poil plus PF). Ordre est donné au croupier de lancer le board et... Sandrine ne souffre pas trop car c'est un baby flop. Elle monte à 97/3 ! Un As viendra à la turn "nous" permettant d'attendre la river en toute sérénité avec 100 % de chance de DU. Yeees !

Ils sont toujours 51 et la "bulle" se poursuivra encore un 1/4 d'heure avant d'éclater quand un joueur All-in paumera avec AQ inférieur a AK.

Je félicite alors ma "championne" et nous rentrons assez vite à notre location, un petit "T2" confortable et idéalement situé à 5 minutes à peine du Casino. Nous sommes tout bonnement heureux. Nos efforts viennent d'être récompensés.


Reste maintenant à se battre pour aller chercher la TF et plus si affinités. En effet, tout est possible car grâce à son ultime DU Sandrine pointe désormais en 21éme position à 50 left. La bulle ayant duré bien plus longtemps que prévu, la structure sera un peu boucherie en début de Day 3 (crapshot).


Je suis malgré tout très confiant pour la suite, connaissant les qualités poker et mentales de ma moitié pour mener sa barque le plus loin possible dans ce genre de situation. Une fois à l'appartement, je vais faire le gendarme en expédiant Sandrine au "dodo".


Il est presque 6 heures du matin et le tournoi reprend à 14 h 30. Il est important de récupérer et pour cela le meilleur moyen est encore de réussir à s'endormir. On gère bien ce moment et une fois au lit elle tombe assez vite dans les bras de Morphée.


De mon côté, je suis "mort" mais je n'arrive pas à dormir. Ce n'est pas trop grave au demeurant car demain je suis en mode "railbird". J'en profite pour surfer un peu en matant le coverage du "CP". C'est alors que je m'aperçois que "Balou" (karadonk1) traine encore sur le net. Je le félicite pour son beau "deep run" via forum interposé (même si j'avais eu l'occasion de le faire en "live" 45 minutes plus tôt !) et lui conseille d'aller vite eu "dodo". Tout en sachant que ce n'est pas forcément évident en pareilles circonstances de faire retomber l'adrénaline.


Dimanche 6 mars 2011 11 h 30, le réveil sonne. La grâce matinée dominicale a été courte ! Ma petite femme se lève assez vite (inhabituel chez elle) et alors que nous nous préparons en déjeunant copieusement (il faut prendre des forces) et en passant un long moment sous la douche, je la vois heureuse, elle chantonne, elle a la pèche. J'apprécie de la voir dans cet état d'esprit. C'est bon signe.


De mon côté, j'ai un énorme "mal de casque" et je suis cramé. Tout joueur de poker une fois "busto" de ce type de compétition marathon "live" après avoir bien lutté (c'était mon cas) connait cette sensation.


Le plus important est de constater que Sandrine est "bien" et parfaitement dans son tournoi, grâce aux effets positifs de l'adrénaline générée par ce qu'elle est en train de vivre.


Bon en ce qui me concerne, finalement le "Side à 150 €" du dimanche après midi on oublie. Ce n'est pas plus mal, car il y a tant de tournois de ce type à Paris. Ce n'est vraiment pas la peine que je le joue "la tête dans le cul", alors que je serai nettement plus intéressé (cartes en mains ou pas) par le déroulement du main event.


Comme prévu le début Day 3 sera une boucherie et beaucoup de joueurs vont être éliminés dans le premier niveau de la journée. Sandrine va réussir à passer entre les balles et réussira même à éliminer un short avec AK>44.

Elle n'a malgré tout pas encore un tapis confort. Il faut lutter et lutter encore. Les paliers de paiement progressent lentement et maintenant il faut tenter d'aller chercher la TF pour que ça fasse une première vraie différence.


C'est alors qu'elle va laisser quelques plumes à 35 left dans une bataille de blinds très féroce contre le futur vainqueur du tournoi, le sympathique et bon joueur Raphael Kohn (victoire en deal à 4 pour 35 K € - VGG à lui).


Le mieux ici est de citer le CR de Raphael publié dernièrement et disponible dans son intégralité via un lien sur CP :

Extraits : "A ma gauche se trouve une fille pas trop mauvaise (pas une des weak girls décrites au day 2), mais un peu tight. Sur une de mes SB non relancées, je découvre KJo et raise. Elle me 3bet. Je m'apprête à laisser le coup à cette adversaire qui a sans doute une main pour faire ça, mais je prends le temps de réfléchir. On a passé un peu de temps à la même table la veille, et je pense qu'elle a compris que je suis actif à cette période (d’autant que tout le monde doit raise à ma place dans ce spot) et qu'elle doit connaitre aussi son image serrée. Pour elle c'est un spot idéal pour 3bet light... Je finis par shove en priant fort pour ne pas être suivi. Ma main a malgré tout de l'équité face à Ax ou une paire en-dessous. Elle hésite, mais muck sa main."

Sur ce coup Sandrine avait "A2os" de BB et avait bien décidé de "3bet light". Belle lecture du futur vainqueur ! On en a reparlé après le tournoi et on étaient assez d'accord sur le fait que la meilleure ligne ici pour Sandrine aurait été du push AI en "3 bet light", compte tenu des profondeurs de stack 20/25 BB de leurs tapis équivalents et surtout de leur "historique". Il aurait été contraint de fold.

Du coup, Sandrine dû engager son tournoi un peu plus tard sur un "banal" CF à 30 left contre Alain Roy !

Elle le perdit avec TT inférieur à AK.

Post-it : Note pour plus tard, penser à muscler son jeux en CF décisif(s) dans les fins de tournois.

Au demeurant le parcours de Sandrine (30éme) a été remarquable et je suis très fier d'elle.

Grâce à sa performance, la "Partouch Family" pose la première pierre d'un palmarès "Hendon Mob" jusque là vierge de places ITM sur les beaux tournois "live" du circuit semi-pro ou professionnel.

Je ne suis absolument pas jaloux qu'elle y arrive avant moi , bien au contraire et je pense d'ailleurs que si certains en doutaient un peu, ils seront convaincus du contraire par ce billet.


Au final, sa perf me fait très plaisir, elle récompense notre passion pour ce jeux (en attendant mieux dans quelques temps) et personnellement me donne une motivation supplémentaire pour tenter de dépasser sa marque lors de mon premier ITM dans ce type de tournois, qui arrivera tôt ou tard.


Chez nous l'émulation est plus que saine et nous savons que si elle a pu poser la "première pierre" à l'occasion de ce tournoi, c'est en partie aussi parce que j'ai précédemment contribué à poser quelques "fondations".


Il nous reste encore une "maison" à construire et on va s'y employer dans les mois/années à venir. Notre union va bien au delà des tables de poker obv... Je t'aime ma puce et encore BRAVO pour ta perf !

4 commentaires:

  1. Bravo à Sandrine pour cette très jolie perf !
    Très beau CR de ta part.
    GL pour tous vos projets.

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  2. TY Mister Kof (BacKKings poker blog) !

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  3. Je l'ai déjà dit mais une nouvelle fois VGG sandrine !

    Et très bon CR en effet, merci pedro ;)

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  4. Merci pour ce bel article mon chéri ;)

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